Coutances sous les bombes

Notre Dame de la Mare accueille et protège les réfugiés victimes des bombardements

Or, ce mardi soir 6 juin, vers 20 heures, au moment où se faisait le repas en famille, où l’on devisait à table sur les événements tristes de la journée, des vagues d’avions s’annoncèrent bruyamment à l’horizon. A la hâte, on descendit dans les caves, on occupa les abris, quand soudain la ville sentit tomber sur elle une pluie de fer qui ébranla ses murs! Par dizaines, des maisons croulèrent! Coutances n’était plus une ville, mais un cimetière, où plus de trois cents des nôtres connaissaient l’horreur de la tombe avec le trépas

… L’incendie dura plusieurs jours… Les trois églises et les quatorze chapelles de la ville n’étant plus en état pour y célébrer le culte, des centres religieux furent établis un peu partout dans la campagne…

Monsieur le chanoine Mariette, curé, et son vicaire, Monsieur l’Abbé Dendin, durent se réfugier à la campagne, chez Monsieur d’Annoville, près de la chapelle de la Mare, qui devenait pour Saint-Nicolas église paroissiale et que les bombes respectèrent toujours. Dès le 7 et 8 juin, d’après le vénéré chapelain des Clarisses de Saint-Hilaire-du-Harcouët, l’ancien curé, un nombre très considérable de réfugiés venus des deux paroisses et qu’on pouvait évaluer, par le ravitaillement, à environ deux mille, se trouvaient dans ce secteur. A partir de cette date, la messe fut célébrée régulièrement à la chapelle, ou plutôt plusieurs messes, parfois cinq ou six chaque jour. Là séjourna Monsieur le chanoine Rachine, aumônier d’Action catholique, dont le rôle fut toujours et partout précieux.

Le 11 juin, aux messes basses et à la grand’messe, la chapelle fit tour à tour le plein de réfugiés. Le dimanche suivant, Monsieur le curé fit le renouvellement de la consécration des familles au Sacré-Cœur, écho vivant des dernières et si touchantes manifestations du 4 juin dans les églises de Saint-Pierre et de Saint-Nicolas.

Le futur Prélat de Sa Sainteté, Monsieur le vicaire Simonne, vint longtemps chaque matin célébrer la messe à la chapelle de la Mare. Et presque chaque dimanche aux vêpres, il adressait aux nombreux assistants une allocution qui les réconfortait tous. Ses paroles, qui s’accompagnaient ordinairement du bruit de la D.C.A. ou du fracas des bombes qui tombaient dans le voisinage, n’avaient pas de peine à élever les cœurs vers Dieu. C’était le sursum corda des vêpres!

Puis ce fut de nouveau l’exode. Beaucoup de nos compatriotes se dirigèrent vers la côte, où le danger paraissait moins grand. Néanmoins la chapelle ne cessa de se remplir. Pendant les jours tragiques mais heureusement assez courts de fin juillet, Notre-Dame protégea le secteur! On ne compta qu’un mort, réfugié à la ferme de la Mare.

Aux heures de la Libération, après le départ des Allemands, l’organisation du culte à la chapelle ne connut plus d’entrave. Le 15 août, en grande fête de l’Assomption de la Vierge, eut lieu le soir, dans le champ voisin, la procession traditionnelle du Vœu de Louis XIII, présidée par Monsieur le Vicaire Général Simonne.

Pour plusieurs réfugiés, le retour à Coutances était difficile, à cause de la pénurie du logement. Dans ces conditions, le service paroissial dut continuer en ce lieu. Le 10 septembre, fête annuelle de Notre-Dame de la Mare, fut une journée mémorable de piété. Monsieur le chanoine Rachine y prit la parole. En plus du clergé habituel, on y remarquait Monsieur le chanoine Grandin, du vénérable chapitre, dont la dévotion et la fidélité mariales sont si connues à la Mare, et avec lui Monsieur le Supérieur du Grand Séminaire. L’excellente chorale de Saint-Nicolas s’y trouva réunie en partie pour la beauté des chants. Rarement la Vierge vit autant de pèlerins assemblés autour de sa chapelle.

Ce temps, qui mit dans les âmes de ces réfugiés tant d’amertume, d’appréhensions et de souffrances, a quelque chose de touchant dans son épilogue. Car à chaque anniversaire, à la première heure d’un jour d’été, on peut voir au carrefour de la Croix Quillard se former une procession. Elle prend le chemin de la Mare et se rend, en égrenant le chapelet, à la vénérée chapelle pour y remercier celle qui les protégea, et la prier de nouveau pour toutes les victimes de la grande catastrophe qui attriste la ville et l’endeuille pour toujours…

Extraits des cahiers du Cercle de Généalogie et d’Histoire Locale de Coutances et du Cotentin (Numéro 1 – Février 2006)

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